J’ai fait un rêve merveilleux cette nuit. Je vivais dans une maison dont le jardin est un garde-manger où poussent pommes de terre, haricots, poireaux, ciboulette, oignons, céleri, carottes, choux (vert, blanc et rouge), fraises, groseilles, myrtilles, poires, salades, salades de blé, persil, thym, tomates,…

Toutes les maisons du quartier de mon rêve ont un jardin, et les jardiniers (les papas et parfois les mamans aussi) s’échangent graines, conseils… et souvent partagent un coup à boire, parfois deux (ça c’est surtout les papas !).

Le brasseur passe à domicile, comme le laitier. Leurs bouteilles sont en verre, réutilisées après nettoyage et stérilisation. Quand il manque quelque chose, on prend le cabas et on va à pied au magasin. On a le choix entre trois petits magasins dans le quartier. Il y a aussi un boucher pas loin, mais on ne mange pas de la viande tous les jours.

Moi je préfère le magasin de madame Malcors. Elle est un peu vieille mais elle sourit toujours, et m’offre parfois une langue du diable ou un lacet. Puis elle, elle ne raconte pas nos bêtises à nos mamans ! Enfin je ne crois pas.

On ne prenait pas la voiture
pour aller si près

Aujourd’hui, dans mon rêve, je vais à l’école à vélo, c’est plus pratique. Elle est à un peu moins de deux kilomètres de la maison. Avant, j’y allais à pied, tout seul depuis la première année – enfin je veux dire que mes parents ne me conduisaient pas, on ne prenait pas la voiture pour aller si près.

Monsieur Laloux, le directeur (un peu sévère mais on l’aimait bien !) faisait les rangs, et au début des grands de sixième m’accompagnaient même jusqu’à la maison. Christians (avec un s, parce que y’en avait deux) et Philippe, ils s’appelaient les grands.

Dans mon rêve, on rentre presque tous à la maison pendant le temps de midi. Y a quelques malchanceux qui doivent rester au dîner tartine ou au dîner complet, parce que leurs parents travaillent tous les deux.J’aime pas l’odeur du réfectoire… Je préfère celle de la soupe du jardin que je mange tous les midis, avec du pain que monsieur Delcourt, le boulanger de la route de Liège, vient déposer à la maison. C’est plutôt un marrant, lui. Je crois qu’il fait du gringue à toutes les mamans…

C’était le Tour de France !

Dans mon rêve, pendant les vacances, en été, on fait chaque année le tour de France autour du bloc. Il y a une petite côte dans la rue des Verreries, et comme je suis un peu plus jeune que mes copains, je ne gagne jamais. Pas grave. Au foot, je me défends mieux. On y joue toute l’année, dans la rue ou dans un terrain vague, le pré Muller, rue de Dinant. Pendant la coupe du Monde, on va parfois en déplacement, jouer sur le terrain vague de la rue du Paradis, à trois blocs du quartier, de l’autre côté du chemin de fer.

Pendant les vacances aussi, après la moisson (y a un champ en face de chez moi, avec souvent du blé, mais pas tout le temps, parfois y’a autre chose, parfois rien, mais ça c’est pas souvent), donc juste après la moisson on fait des grandes batailles avec des grenades qu’on fabrique avec le reste des épis qu’on arrache avec une motte de terre. C’est super marrant, sauf parfois quand il reste une pierre dans la terre. Ça fait mal …

La récompense, après, c’était le goûter, souvent chez moi, avec de la confiture des fraises du jardin et le bon pain de monsieur Delcourt…

C’est à ce moment que je me suis réveillé, pour me rendre compte que je ne rêvais pas vraiment.

J’étais perdu dans mes souvenirs. Les souvenirs d’un monde d’il y a environ cinquante ans, une réalité qui tiendrait lieu de programme écolo utopiste aujourd’hui.Et une question : comment avons-nous fait, en si peu de temps, pour détruire autant ? Et comment redresser la barre aujourd’hui ?

J’ai bien quelques idées, mais je laisse la question ouverte à vos commentaires… Ou pas.

Michel Colinet